Simone Weil

 

 

Simone Weil est née en 1909 dans une famille juive athée. Elle est la cadette d’un frère (André Weil) qui montre des prédispositions exceptionnelles pour les mathématiques (on le surnommera le « nouveau Pascal ») et qui connaîtra dans cette discipline un génie certain. C’est à son contact qu’elle éprouvera pour la première fois l’importance de la question de la vérité, à propos de quoi elle écrira plus tard dans L’autobiographie spirituelle, alors qu’elle compare, désespérée, ses facultés à celles de son frère, qu’elle «préfèrerait mourir plutôt que vivre sans elle [la vérité] ».

 

Pourtant Simone Weil ne tardera pas non plus à manifester une attention et une intelligence hors du commun qui la guideront vers la philosophie. Après des études à  l’école normale supérieure (où elle aura Alain (1868-1951) pour professeur de philosophie) elle obtient l’agrégation de philosophie qui la conduit à devenir professeur au lycée du Puy en 1931. C’est là qu’elle porte attention de plus près aux conditions de travail des ouvriers, notamment des casseurs de pierre, de qui elle soutient, au prix du scandale, les manifestations et grèves de l’hiver 31-32. De plus en plus touchée par leur condition et de plus en plus attentive à la question du travail physique – qui restera toujours l’un des thèmes centraux de sa pensée – elle décide de prendre un congé pour trouver une place en usine. C’est par l’expérience du travail physique en usine, puis, plus tard, du travail agricole, que Simone Weil développe cette « attention au réel » qui la caractérise. Les ouvrages essentiels qu’elle écrit à cette époque sont notamment Oppression et liberté, La condition ouvrière.

 

S’il est facile de voir en Simone Weil une femme engagée pour la cause ouvrière, il reste cependant difficile de la catégoriser dans un simple militantisme politique ou syndical : elle rompt avec le parti communiste, elle critique durement les syndicats, toujours au nom de l’attention qu’il faut porter aux hommes et que partout on néglige.

De la même manière, après s’être engagée en 36 dans la guerre d’Espagne contre les troupes franquistes, elle se démarque nettement des républicains dont la soif de sang la révulse.

 

L’attention croissante qu’elle porte aux hommes et à la réalité la conduit à affiner une pensée de plus en plus spirituelle et à se tourner vers le christianisme auquel elle ne se convertira pourtant jamais, malgré les expériences mystiques qu’elle tient elle-même pour épreuves de la vérité. Le recueil Attente de Dieu, caractéristique de cette période de sa vie intellectuelle et spirituelle, n’est cependant qu’un écrit parmi de nombreux autres.

 

Devant l’invasion allemande en France, Simone Weil est amenée à fuir à Marseille, puis enfin à New-York, où elle ne supporte pas de résider sachant que la guerre sévit en France. Elle demande donc à rejoindre Londres et à participer aux actions de la résistance. C’est à Londres qu’on lui propose d’écrire un préambule pour la nouvelle constitution de la France libérée. C’est ainsi qu’elle écrit son ouvrage majeur, L’enracinement, lequel restera inachevé, interrompu par sa mort en 1943 et dans lequel Simone Weil semble être parvenue au sommet de sa pensée spirituelle sans rien renier de sa préoccupation pour le travail.

 

 

 

 

 

 

Aléna Oudot.